vendredi 17 novembre 2017

Les différences entre la couche inférieure du palimpseste de Sana'a et le Coran actuel

De tous les manuscrits coraniques anciens existants, seul le palimpseste de Sana'a diffère du Coran actuel.
Asma Hilali qui a étudié les 36 folios du palimpseste le dit elle même que c'est "un manuel de lecture et d’apprentissage du Coran" puisque au début de la sourate 9 le scribe écrit la basmala sauf que dans tous le Coran actuel c'est la seule sourate qui ne debute pas par cette formule. On trouve une correction d'un correcteur qui écrit "ne dit pas "Au nom de Dieu"".
Des chercheurs ne sont peut-être pas de son avis mais on en saura bientôt beaucoup plus puisqu'a été trouvé récemment en 2017, toujours à Sana'a, 40 autres folios de ce même palimpseste

Ci-dessous les différences entre la couche intérieure du palimpseste et le Coran actuel tiré du livre de Asmâ Hilali, "The Sana Palimpsest" de février 2017. Malheureusement les 40 folios trouvés récemment ne sont pas inclus.

Le dernier tableau concerne la couche supérieure.








dimanche 12 novembre 2017

L'école hypercritique en difficulté

L'exemple de Guillaume Dye




Depuis les travaux de Michel Cuypers ou Anne-Sylvie Boisliveau qui montrent qu'il y a probablement plus un rédacteur du Coran qu'un ensemble de rédacteurs, ainsi que les datations des manuscrits coraniques proches des dates de la révélation  (610-632), l'école majoritaire hypercritique est en difficulté même si ses défenseurs s'en défendent.

Sans même parler de Dieu comme source Divine du Coran, Guillaume Dye dans un article du livre "CONTROVERSES SUR LES ÉCRITURES
CANONIQUES DE L’ISLAM", exclut d'avance que le prophète soit l'auteur du Coran (comme le font les membres de son école d'ailleurs) pour la raison simple que tous leurs travaux tomberaient à l'eau :

"Naturellement, si l’on fait de Muḥammad l’auteur du Coran, ou si l’on fait du Coran le simple calque de ses paroles (autrement dit, le recueil de ses ipsissima verba), on exclut de l’étude du Coran la plupart des méthodes de la critique biblique."


De plus, Dye n'a d'autres choix que de prétendre que l'enchaînement harmonieux entre les fin des sourates N et les débuts des sourates N+1 ("le principe [N, N+1] fonctionnent dans 85,41 % des cas" dans les 50 premières sourates du Coran, "les cas où elle ne se vérifie pas s’expliquent en général très facilement" ) prouvent pour lui que c'est un travail de scribes qui ont rédigés le Coran après les dates supposées de l'apparition du prophète Muhammad (sws), vers la moitié du VIIème siècle (sans pouvoir donner l'étendue dans le temps de la rédaction à cause des manuscrits coraniques anciens).
Il affirme cela car l'ordonnancement des sourates de la plus grande à la plus petite, à quelques exceptions près, combinée avec leurs enchaînements harmonieux ne peuvent coller avec la chronologie des sourates, selon lui.
On voit bien là que l'aspect miraculeux du Coran est d'office écarté, on sait pourtant que l'ordonnancement à été établi sous l'ordre du prophète lui même comme le rapporte une tradition.

En effet, comme abordé dans mon post précédent, "La Torah a-t-elle été transmise par Moïse dans le Coran", Geneviève Gobillot soutient avec raison que toutes les révélations Divine (Torah, Evangile, Coran) se trouvent consignées avant même leur révélations aux différents prophètes dans l'Archétype, "oummou al-kitâbi" (Coran 13:39 et 43:4), et donc pour ce qui est du Coran, ce Livre existait auprès de Dieu avant même Muhammad, très probablement dans l'ordre que nous connaissons.

En définitive ce que l'on pourrait reprocher à ces chercheurs c'est de nier systématiquement toute possibilité que la science ne puisse répondre de manière rationnelle à tout, et plus précisément à ce qui se présente ici bel et bien comme un miracle coranique. En d'autres termes que des données coraniques puissent échapper à la science des hommes.

Une dernière remarque enfin, le seul manuscrit coranique dont les sourates sont placées différemment de celui que l'on a est la couche inférieure du palimpsteste de Sana'a, et de ce que l'on sait, les différences avec le Coran actuel ne concernent pas les débuts et fins des sourates. L'ajout des scribes pour coller entre les sourates N et N+1 est donc une simple hypothèse très peu plausible.

Voici ce que nous dit Dye :

"Le classement des sourates selon un ordre de longueur décroissant est valable de manière générale, malgré quelques exceptions. C’est un ordre qui ne dépend pas du contenu des sourates. Ce classement s’accorde par ailleurs avec celui qui ordonne les sourates selon un système de mots-crochets et de phrases-crochets, rapprochant la fin, et parfois le début, de la sourate N, du début de la sourate N + 1. Or si l’on suppose que les sourates sont des compositions indépendantes, qui remontent, dans leur intégralité, à l'époque du Prophète (c’est-à-dire avant ce qu’il est souvent convenu d’appeler la collecte du Coran), comment se fait-il que deux classements qui n’ont en principe rien à voir (classement selon la longueur, ordre selon les phrases et mots-crochets des débuts et des fins des sourates), soient concordants ? Autrement dit, par quel miracle le début de la sourate N + 1 s’enchaîne-t-il harmonieusement avec la fin de la sourate N, alors même que les sourates se trouvent à peu près ordonnées des plus longues aux plus brèves ? L’explication la plus plausible est que ce sont les scribes à qui a échu la tâche de composer le Coran qui sont responsables de ces phrases-crochets, ce qui veut dire que les fins des sourates, et parfois aussi les débuts, ont souvent été ajoutés et rédigés au moment de la composition du Coran en un muṣḥaf. Un examen des passages concernés le confirme. On a affaire à des interpolations évidentes (Q 4:176 ; 22:78 ; 26:227 ; 48:29), et à d’autres qui le sont peut-être moins, mais dont on voit bien vite qu’elles entretiennent plus de relations avec le début de la sourate suivante qu’avec les versets qui la précèdent (Q 3:200). Ces passages sont souvent introduits par qul (« Dis : etc. ») : Q 11:108-109 ; 17:111 ; 20:135 ; 21:112 (qāla) ; 23:118 ; 25:77. On a là, à mon sens, un bon exemple du travail éditorial et rédactionnel des scribes – un travail qui ne se limite pas à replacer, avec plus ou moins de liberté, les « pièces d’un puzzle », mais à rédiger des versets et à mettre en scène une figure prophétique et un discours adressé au Prophète {472} . De ce point de vue, le rôle des scribes dans le travail de composition du Coran n’est peut- être pas moindre que celui des scribes qui ont composé les livres prophétiques de la Bible, même si la période entre la prédication de Muḥammad et la composition du muṣḥaf coranique est beaucoup plus brève.


Conclusion

Loin de nous conduire à admettre l’unité originelle du texte, les analyses de Cuypers nous montrent, et nous permettent de comprendre, le travail des scribes et leur rôle dans la rédaction du Coran. On peut penser que l’essentiel du texte coranique, en tout cas du ductus consonantique, est établi au cours de la seconde moitié du VII e siècle (il me paraît difficile de donner une date plus précise en l’état actuel de la recherche). Il s’agit donc d’un processus de composition plus long que celui indiqué par la tradition musulmane, selon laquelle les textes qui forment le Coran existaient tous à la mort du Prophète, même si (selon la plupart des traditions) ils n’avaient pas encore été réunis en un codex. Or le principal défaut des hypothèses de Bell et Blachère (à peu près systématiquement contestées par Cuypers) est qu’elles restent finalement très tributaires de l’image du Coran, et de son histoire, que donne la tradition musulmane. L’analyse rhétorique nous invite à voir les choses autrement. D’une part, en mettant en évidence l’intertextualité qui informe nombre de passages coraniques, elle renforce l’approche méthodologique qui consiste à lire le Coran, non d’après la « biographie » de Muḥammad, mais à la lumière des références à la littérature biblique, à savoir non seulement la Bible et les écrits pseudépigraphiques et apocryphes, mais également la littérature exégétique et homilétique chrétienne et juive (on pourrait aussi ajouter les textes manichéens), sans oublier bien sûr les traditions orales et populaires, plus difficiles cependant à étudier, puisqu’elles ont laissé moins de traces écrites. Cette approche en termes d’intertextualité, ou plutôt de « sous-texte », est un moyen assez sûr de replacer le Coran dans son contexte historique et littéraire."


En bonus le livre en question en pdf :

https://www.google.fr/url?sa=t&source=web&rct=j&url=http://laportedusavoir.fr/wp-content/uploads/2016/12/Controverses-sur-les-ecritures-canoniques-de-lislam.pdf&ved=0ahUKEwir5smayLnXAhXCfxoKHYyRA8kQFggeMAE&usg=AOvVaw27qilepPOhl0LUp9GxG3aW

jeudi 26 octobre 2017

Pas d'agriculture à la Mecque au temps du prophète ?

Critique de l'école hypercritique


Il est difficile de parler de la Mecque d'avant l'islam vu l'absence de témoignage archéologique mais ce qui est sûr c'est que contrairement à ce que la tradition affirme elle ne fut pas une grande cité, bien loin de là. Sa taille était tout à fait négligeable comme le dit Christian Robin, c'est pourquoi elle ne semble être mentionnée nulle part dans l'antiquité.

La Mecque était sans aucun doute une oasis étant donné qu'il y avait très certainement dans l'antiquité et jusqu'à aujourd'hui une source d'eau pure appelée zamzam. Et de fait c'est ce qui atteste de manière certaine de son existence depuis au moins sa découverte par l'homme dont la tradition fait remonter à Abraham puisque c'est son épouse Hagar qui aurait découvert la source d'eau grâce à l'intervention d'un ange.



Dans le Coran on constate qu'à l'arrivée d'Abraham dans cette vallée il n'y avait pas d'agriculture mais celui-ci fit une invocation pour que Dieu les nourrisse de fruits :

37. Ô notre Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée [la Ka˒ba], - ô notre Seigneur - afin qu’ils accomplissent la Ṣalāt. Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d’une partie des gens. Et nourris-les de fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants ?

14-Ibrahim : 37


126. Et quand Abraham supplia: «Ô mon Seigneur, fais de cette cité un lieu de sécurité, et fais attribution des fruits à ceux qui parmi ses habitants auront cru en Allah et au Jour dernier», le Seigneur dit: «Et quiconque n’y aura pas cru, alors Je lui concèderai une courte jouissance [ici-bas], puis Je le contraindrai au châtiment du Feu [dans l’au-delà]. Et quelle mauvaise destination!»

2-Al-Baqara : 126



Cela est confirmé avec le verset suivant qui montre qu'au temps du prophète venaient à la Mecque des fruits de toutes sortes :

57. ...Ne les avons-Nous pas établis dans une enceinte sacrée, sûre, vers laquelle des produits de toute sorte sont apportés comme attribution de Notre part? Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.

28-Al-Qasas : 57


Par contre à partir du moment où il y avait une oasis à la Mecque il y avait donc immanquablement une agriculture si petite soit-elle comme le confirme Leïla Nehmé. Et donc le verset 63-64 de la sourate 56 qui parle de Mecquois faisant de l'agriculture n'est en rien contredictoire :

63. Voyez-vous donc ce que vous labourez ?
64. Est-ce vous qui le cultivez ? ou [en] sommes Nous le cultivateur ?

56-Al-Waqi'a : 63-64


Et après ça certains révisionnistes à partir de ces deux derniers versets continueront à affirmer que Petra est la vraie Mecque.

mardi 24 octobre 2017

Harrat Khaybar est-elle la cité de Sodome du Coran ?

Il a été découvert près de 400 structures de fabrication humaine qui pourraient remonter à des milliers d'années.

Bien qu'il soit trop tôt pour affirmer quoi que ce soit, on remarque déjà trois points communs avec la cité de Sodome du Coran :

1) proximité avec Médine (65km), lieu où est descendue la révélation au Prophète Muhammad (sws) qui fait dire à certains que les Medinois étaient très proche des ruines de Sodome (Coran 37:137-138) :
137. "Et vous passez certainement auprès d’eux le matin
138. et la nuit. Ne raisonnez-vous donc pas ?"

2) destruction de cette cité par des pluies de laves d'un volcan (Coran 51:32-34 et Coran 11:82-83)

3) Abraham dans le Coran habitait à un moment de sa vie à Bakka (la Mecque) qui est assez proche de Médine qui est elle même proche de Harrat Khaybar (coran 22:26 ; 22:31-32 ; 14:36 et 2:127), sachant qu'Abraham connaissait le peuple de Sodome et Loth

Il est à remarquer que les premières datations de cette destruction pourraient remonter à au moins 7000 ans (5000 avant JC), ceci reste à confirmer vu qu'il y a eu plusieurs éruptions dont le dernier remonte de -700 à -600.
De plus, s'il y a autant de structures c'est qu'il y avait forcément des habitations en grands nombres aux alentours. Je pense personnellement que ces structures étaient utilisées soit pour l'agriculture, soit pour garder les animaux de traits par exemple.

D'autre part, si selon l'analyse de Geneviève Gobillot les passages coraniques impliquent que l'emplacement de sodome n'est pas à proximité immédiate du volcan il en est pas loin, à quelques kilomètres tout au plus (voir la citation du paragraphe 114, à la fin).

Un article intéressant et détaillé sur le sujet :
https://www.sciencealert.com/a-new-type-of-ancient-monument-has-been-found-in-saudia-arabia

Le très interessant article de Geneviève Gobillot sur Sodome : "Histoire et géographie sacrées dans le Coran, L’exemple de Sodome"
https://mideo.revues.org/318#tocto2n3

Dont voici quelques passages qui correspondent au site de Harrat Khaybar :

94 "Si l’on récapitule celles que nous avons rassemblées jusqu’ici, le déroulement matériel de la destruction de la cité de Loth aurait été le suivant : d’abord, surgit à l’aurore le cri (ṣayḥa) correspondant au tremorharmonique d’un séisme qui a mis la ville sens dessus-dessous (ǧaʿalnā ʿāliyahā sāfilahā). Cette secousse aurait été elle-même suivie d’un phénomène de pluies (maṭar)solides provenant d’un nuage d’origine volcanique (ḥāsib), la racine sa.ǧa.ǧa évoquant en arabe d’un matériau, la lave, qui coule en grande quantité."

"Cela peut également signifier que l’emplacement de Sodome se caractériserait par un terrain plat, qui pourrait correspondre à celui d’une vallée."

109 "C’est aussi sans aucun doute en ce sens que le verset (29, 35) dit que Dieu a laissé « quelque chose » de cette cité, à savoir un signe (āya) pour les gens qui réfléchissent : « Nous avons ‘‘laissé d’elle’’ (la Cité) un signe évident (wa-laqad taraknā minhā āyatan bayyinatan) qui puisse être une preuve pour un peuple qui intellige. » Il ne peut s’agir ici, en fonction du contexte, que d’une allusion à un témoignage archéologique aisément repérable, permettant de reconnaître en ce lieu la présence de l’ancienne cité. L’utilisation coranique du verbe « laisser » indique en effet que Dieu a épargné un vestige rendant possible l’identification de la cité et facilitant du même coup la compréhension du fait que la renaissance était déjà présente en puissance lors de sa destruction et de son rabaissement par la lave."

113 "Le rassemblement de tous ces éléments : terrain ayant subi un séisme, mais relativement plane, puisqu’ayant été recouvert de laves argileuses apportées par la voie des airs autour du xxe siècle av. J.-C., paysage verdoyant et fertile au viie siècle apr. J.-C., emplacement àproximité d’une route ancestrale connue de tous et encore praticable à l’époque, située, de plus, non loin d’une zone ignée, donc de terrains volcaniques, constitue une information qui devient particulièrement précise. On a vu, de plus, que l’emplacement devrait comporter au moins une ruine ou un vestige identifiable."

114 "Il faut ajouter à cela que la pluie solide, ayant dû subir une décomposition pour devenir un terrain fertile, l’emplacement en question n’était sans doute pas lui-même un terrain volcanique, ni couvert de laves basaltiques. En effet, le Coran précise que cette pluie de lave est arrivée sous la forme d’une tempête (ou d’un nuage) (ḥāsib) (54, 34). Or, l’expérience a montré que les laves peuvent, dans certains cas, être transportées dans les airs à des kilomètres de distance du volcan dont elles sont sorties. Il ne peut pas non plus s’agir d’une oasis qui serait restée en activité sans interruption depuis la plus haute antiquité, mais d’un lieu ayant connu la désolation et la désertification durant une certaine période, mais assez proche d’un cours d’eau ayant pu favoriser son irrigation à la période byzantine."


lundi 16 octobre 2017

La Torah a-t-elle été transmise par Moïse dans le Coran  ?

On sait que pour le judaïsme et le christianisme Moïse a écrit la Torah.
Cette certitude ne fut remise en question qu'assez récemment suite aux différentes incohérences que comportent les 5 Livres de la Torah autant internes qu'externes. La critique interne par exemple réside dans la difficulté d'expliquer comment Moïse a pu écrire "Et Moïse mourut". La critique externe fait remonter la rédaction de la Torah de l'an 700 à l'an 300 avant JC. Donc bien après l'apparition de Moïse.



Que dit le Coran ?



Le mot Torah a 18 occurrences dans le Coran, et comme indiqué à la sourate 3 verset 3, c'est Dieu qui l'a fit descendre.
Toutefois comme l'ont remarqué quelques lecteurs pointilleux et perspicaces (merci Fays Badre), Moïse n'est jamais associé directement à la Torah. En effet, le Coran associe le Livre (الكتاب ), les Tables (الالواح), et les feuillets  (الصحف ) à Moïse mais jamais de lien direct avec la Torah.
Pourquoi ?

On pourrait se dire que le Livre (الكتاب) se réfère à la Torah comme beaucoup peuvent le penser, et, effectivement en regardant certaines explications exégètiques et académiques on remarque que certains d'entre eux font l'amalgame entre le "Livre" de Moïse et la Torah cités tous les deux dans le Coran. Nous en avons un exemple avec "Le Coran, nouvelles approches" où Michel Cuypers fait l'amalgame dans un article.
Le problème est qu'aucun argument n'est avancé de leurs parts alors qu'à contrario le "Livre" dans le Coran est mentionné à peu près avec tous les prophètes.
Pour ceux qui ne sont pas convaincu par cette allégation qui reste sans fondement, il n'y a pas d'autre choix que de creuser, et pour ce faire, quoi de mieux que de demander aux spécialistes eux mêmes ?
Deux islamologues, et pas des moindres, Michel Cuypers et Geneviève Gobillot sont contactés ainsi qu'Anas Ahmed Lala (un cheikh qui entre autres administre et publie sur le site maison-islam.com).
Ils ont tous eu l'amabilité de répondre aux questions.


Qu'en ressort-il de ces échanges ?

D'abord, Michel Cuypers a reconnu ne pas avoir étudié sérieusement la question mais qu'il s'était appuyé sur le fait que la tradition biblique considère Moïse comme l'auteur de la Torah.
Ensuite, on peut affirmer que le "Livre" de Moïse cité dans le Coran est un Livre auprès de Dieu que seuls les prophètes ont eu accès et est descendu par degrés aux hommes au fil du temps. La Torah, l'Evangile révélé à Jésus et le Coran font partie de ce Livre céleste. Moïse a reçu pour les Banû Israïl les Tables (que lon retrouve dans la Torah actuelle) et les feuillets (Textes apocryphes pour les juifs et chrétiens). C'est tout ce que nous révèle le Coran. En effet le "Livre" qui est associé à de nombreux prophètes est cité de très nombreuses fois dans le Coran. Et là tout devient plus clair,  comme par exemple les deux versets ci-dessous :


 بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ الٓر ۚ تِلْكَ ءَايَٰتُ ٱلْكِتَٰبِ وَقُرْءَانٍ مُّبِينٍ

15-Al-Hijr : 1
Traduction :
1. Alif, Lām, Rā. Voici les versets du Livre et d’un Coran qui éclaire (explicite).


 بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ طسٓ ۚ تِلْكَ ءَايَٰتُ ٱلْقُرْءَانِ وَكِتَابٍ مُّبِينٍ

27-An-Naml : 1
Traduction :
1. Ṭ’ā, Sīn. Voici les versets du Coran et un Livre explicite

Certains exégètes nous ont expliqué ici que le "Livre" est le Coran, ce qui est étrange vu que le Coran est associé au Livre dans ces deux versets.


Toutefois, il convient d'apporter quelques nuances étant donné que l'arabe est une langue polysémique. Bien que le mot Livre (الكتاب) dans le Coran est abstrait, il ne désigne pas forcément le Livre originel où l'Archétype (أم الكتاب)  (13;49 et 43; 4). Prenons exemple avec la sourate 46 verset 12 ci-dessous où il y est fait le parallèle entre le "Livre de Moïse" et le "Livre confirmateur, en langue arabe" (Coran). Il est évident dans ce passage que les deux Livres cités visent uniquement ce qui a été transmis de Moïse aux Hébreux d'une part et le Coran transmis du prophète Muhammad aux Musulmans d'autre part. De plus, le Livre en arabe (Coran) ne peut être matérialisé en support puisque du vivant du Prophète la révélation n'était pas encore terminée.
Par ailleurs, on peut voir dans les deux versets ci-dessous un bel exemple de la justesse de précision du Coran ; Moïse a reçu le "Livre" (pas de mention de la Torah) alors qu'à l'autre verset la Torah est mentionnée sans Moïse mais avec des prophètes.


 وَمِن قَبْلِهِۦ كِتَٰبُ مُوسَىٰٓ إِمَامًا وَرَحْمَةً ۚ وَهَٰذَا كِتَٰبٌ مُّصَدِّقٌ لِّسَانًا عَرَبِيًّا لِّيُنذِرَ ٱلَّذِينَ ظَلَمُوا۟ وَبُشْرَىٰ لِلْمُحْسِنِينَ

46-Al-Ahqaf : 12

Traduction :
"Et avant lui, il y avait le Livre de Moïse, comme guide et comme miséricorde. Et ceci est [un Livre] confirmateur, en langue arabe, pour avertir ceux qui font du tort et pour faire la bonne annonce aux bienfaisants"

 إِنَّآ أَنزَلْنَا ٱلتَّوْرَىٰةَ فِيهَا هُدًى وَنُورٌ ۚ يَحْكُمُ بِهَا ٱلنَّبِيُّونَ ٱلَّذِينَ أَسْلَمُوا۟ لِلَّذِينَ هَادُوا۟ وَٱلرَّبَّٰنِيُّونَ وَٱلْأَحْبَارُ بِمَا ٱسْتُحْفِظُوا۟ مِن كِتَٰبِ ٱللَّهِ وَكَانُوا۟ عَلَيْهِ شُهَدَآءَ ۚ فَلَا تَخْشَوُا۟ ٱلنَّاسَ وَٱخْشَوْنِ وَلَا تَشْتَرُوا۟ بِـَٔايَٰتِى ثَمَنًا قَلِيلًا ۚ وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَآ أَنزَلَ ٱللَّهُ فَأُو۟لَٰٓئِكَ هُمُ ٱلْكَٰفِرُونَ

5-Al-Ma'ida : 44

Traduction :
"Nous avons fait descendre la Torah dans laquelle il y a guide et lumière. C’est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Allah, ainsi que les rabbins et les docteurs jugent les affaires des Juifs. Car on leur a confié la garde du Livre d’Allah, et ils en sont les témoins. Ne craignez donc pas les gens, mais craignez Moi. Et ne vendez pas Mes enseignements à vil prix. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, les voilà les mécréants."





Les réponses de Geneviève Gobillot :

"Bonjour Monsieur



Vous avez raison pour ce qui concerne Moïse et la Torah. Voici ce que j'ai trouvé personnellement à ce sujet :

Contrairement à ce qu’en dit la tradition rabbinique, Moïse n’est pas présenté comme le rédacteur de la Torah par le Coran, qui spécifie qu’en plus de « l’expression légiférante du Seigneur » (kalâm= la Loi), qui s’y trouve consignée, Dieu lui a donné, comme à Joseph, « une autorité (hukman) et d’une science (‘ilman) » (C 28, 14). Enfin, il a reçu le Livre divin (al-kitâb, équivalent ici d’une Torah orale dont la Torah écrite n’est qu’une transcription partielle et imparfaite, qui fait l'objet de certaines rectifications par le Coran), qui a été, pour les hommes, porteur de visions clairvoyantes (basâ’ir) ainsi que de bonne direction (hudan) et de Miséricorde (rahma) (C 28, 43). Enfin, il a été doté de la Sagesse, dans la mesure où tous ceux qui ont reçu le Livre ont reçu la Sagesse, puisque les versets du Livre sont eux-mêmes pleins de sagesse (C 31, 2).

L'idée est que Moïse a reçu le Livre au sens de l'intégralité des sens du Livre complet de Dieu. Or, ce Livre contient tous les textes révélés, dont la Torah divine, mais les circonstances, qui correspondent en réalité au plan de Dieu, ont fait que seule la Torah écrite en a été transmise. Il en ressort que Moïse avait reçu, en son temps, la même révélation (du point de vue du sens profond) que Jésus et que le Messager coranique, mais les hommes n'étaient pas prêts à la recevoir en totalité.
...
Pour la question des suhuf (ceux attribués à Abraham et ceux attribués à Moïse), selon le Coran, ces apocryphes font aussi partie du grand Livre de Dieu qui contient toutes les significations sacrées, mais leur forme écrite historique a été sujette à des imperfections, ce qui explique que le Coran en propose aussi de nombreuses rectifications. Donc les suhuf de Moîse ne sont pas la Torah, mais un autre ensemble de significations révélées dont le sens est en accord avec la Torah authentique divine. Ils complètent certains de ses enseignements."


Question :
Peut-on dire qu'associer Moïse à la Torah (le nom) est anachronique selon le point de vu coranique ?

Réponse :
"La question est, à mon sens, plutôt qualitative, l'idée étant que Moïse avait reçu beaucoup plus que la Torah et qu'il serait réducteur de dire  simplement : Il a reçu la Torah. Mais la nuance chronologique que vous évoquez a aussi sa place au sens où le Coran invite à comprendre que la Torah écrite que nous possédons a été mise au point après la mort de Moïse. Plusieurs traditions rabbiniques allaient déjà dans ce sens puisqu'elles posaient la question : "Moïse a-t-il pu écrire : "Et Moïse mourut?" On trouve ce développement, entre autres, chez Maïmonide. En revanche, on voit que Jésus a reçu la Torah et l'Evangile, ce qui n'est pas étonnant au sens où l'essence de l'Evangile est sa personne même : actes et paroles, ce qui n'est pas le cas pour Moïse et la Torah. L'Evangile met en lumière ce qui, de la Torah terrestre est véridique et correspond à la Torah immatérielle. Quant au messager coranique, il a reçu le Livre la Torah, l'Evangile et le furqân (le Coran), qui est la révélation qui permet de lire avec justesse les Ecritures précédentes, en évitant les pièges des erreurs de leurs rédacteurs matériels.

C'est, du moins, ce qu'il me semble.

 G. Gobillot"


Réponse de Michel Cuypers :

"Concernant la relation entre Moïse et la Torah, je n'ai pas le livre sous les yeux (je vous écris du Caire, et il est dans mon autre résidence, près de Louxor!), mais j'avoue ne pas avoir étudié cette question d'aussi près que vous ou G. Gobillot. Je pense avoir dit cela simplement du fait que Moïse est considéré dans la tradition biblique comme l'auteur de la Torah, ou du moins comme celui par lequel Dieu a communiqué sa Torah. Il me semble difficile de penser que le Coran ne reprenne pas la même idée. Jusqu'à preuve du contraire...

Bien à vous.

Michel Cuypers"



Réponse d'Anas Ahmed Lala :


"Oui, j'avais aussi remarqué ce que vous dites.

Dans un de mes articles (http://www.maison-islam.com/articles/?p=475), voici ce que j'ai écrit : Voici donc un autre avis : al-Kalbî a dit : "Dieu ne le leur a pas interdit dans la Loi (révélée à Moïse), mais plus tard, suite à ces manquements" (Tafsîr ul-Qurtubî 4/87-88). Ceci revient à dire que la Loi que les fils d'Israël ont dûment reçue de Dieu n'a pas toute été révélée à Moïse : une partie de la Loi leur ayant été donnée par Dieu a été révélée à des prophètes israélites postérieurs à Moïse. La Loi dûment révélée par Dieu aux fils d'Israël serait donc en fait un amalgame des révélations faites non pas seulement à Moïse mais aussi à d'autres prophètes israélites venues après lui."



samedi 7 octobre 2017

Les conquêtes musulmanes en Inde causèrent la mort de 80 à 400 millions d'individus sur des centaines d'années ?

Le mythe d'un grand génocide pendant les centaines d'années de domination musulmane en Inde

Sans remettre en cause le fait qu'il y a eu des massacres pendant ces longues centaines d'années de règnes des conquérants musulmans, dénonçons le mythe des nombres exorbitants qui circulent sur internet.
C'est vraiment dommage que des gens propagent ces mensonges sans même raisonner un peu.

1) 400 millions de tués en 800 ans

Je voulais mettre un lien vers un blog à charge qui expose les "preuves" de ce massacre mais je ne lui ferai pas de pub.

Selon lui (de sources musulmanes anciennes), la population Indienne était initialement estimée à près de 600 millions d’individus vers l'an 700 et vers le milieu du XVe siècle elle était tombée à 200 millions.
Ridicule n'est-ce pas ? J'en ai presque honte de devoir dire des banalités même si je sais que cette personne et d'autres resteront sur leur position malgré tout.

Pourquoi est-ce un mythe ? :

- Au 8ème siècle s'il y avait 400 millions d'indiens qui furent massacrés à très grande échelle sur 800 ans, cela reviendrait à 500 000 personnes massacrés par an soit 1370 par jour pendant 800 ans. Il faut une endurance surhumaine !!
- Où sont les charniers des 400 millions de tués ?
- Au 8ème siècle il n'y avait que quelques milliers d'arabes qui conquirent l'Inde. 600 millions d'habitants paraît disproportionné vu le nombre d'hommes qu'ils auraient pu mobiliser.

De plus d'après l'Institut national d'études démographiques (Ined), pour ce qui est des chiffres :
- En l'an 500 après JC il n'y avait que 209 millions d'habitants dans le monde dont 33 millions pour l'Inde (Pakistan et Bangladesh compris), et en l'an 1000 il y avait 257 millions d'habitants dans le monde dont 40 millions pour l'Inde (Pakistan et Bangladesh compris). Mais on nous dit que les indiens étaient 600 millions en l'an 700 !
- En l'an 1400 (XVème siecle) il y avait 374 millions d'habitants dans le monde dont 74 millions en Inde mais on nous dit qu'il n'en restait plus que 200 millions en Inde après les 800 ans de massacres !



2) 80 millions de tués en 500 ans

Un peu plus "sérieux" mais toujours très hasardeux voir loufoque et repris par tous les sites extrémistes, une estimation du nombre de personnes tuées sur la base des chroniques musulmanes et des calculs démographiques réalisée par l'historien indien Kishori Saran Lal dans son livre "L'évolution de la population musulmane dans l'Inde médiévale" affirmant qu'entre le XIe siècle et XVIe siècle, la population indienne a diminué de 80 millions. D'où sa conclusion que les musulmans massacrèrent 80 millions de personnes en 500 ans.



Que dit l'estimation de l'INED ?


Cliquez ici pour avoir l'article de l'INED

- En l'an 1000, il y avait 40 millions d'habitants
- En l'an 1300 il y avait 100 millions d'habitants
- En l'an 1400 il y avait 74 millions d'habitants
- En l'an 1500 il y avait 95 millions d'habitants

On remarque une baisse de 26 millions, soit 26% d'habitants en moins entre l'an 1300 et 1400. On est loin des 80 millions de baisse mais durant cette periode la baisse est générale dans le monde avec 55 millions d'habitants en moins. C'est la seule fois que la population dans le monde diminue :

*Chine -15.6%
*Inde (avec Pakistan et Bangladesh) -26%
*Sud ouest asiatique -9.5%
*Europe avec Russie -24.4%
*Dans le monde au total 55 millions en moins, -12.8%

Explication :
En Europe une épidémie que l'on appelle la peste noire a durée 5 ans, de 1347 à 1352, et décima entre 30 et 50% de la population européenne. Cette peste à d'abord sévi en Chine en 1331 en se propageant partout dans le monde dont l'Inde. Par exemple Ibn Battuta en témoigna en 1338.
Si vous ne me croyez pas faites une recherche sur le net (des sources neutres et académiques de préférence).

Conclusion : méfions nous des rumeurs.


mercredi 13 septembre 2017

L'étude de Sodome dans le Coran et la Bible par Geneviève Gobillot

Parce que la critique n'est pas que négative, ci dessous en image un paragraphe que j'ai édité dans l'article Coran de Wikipédia sur Sodome avec des modifications qui ont été apportées par un autre contributeur que je qualifierai de sympa détracteur de l'islam (parce que cette encyclopédie est collaborative) tirée d'une source scientifique en ligne MIDEO. Tout ça pour souligner que le Coran n'omet rien dans les détails même parfois insoupçonnés lorsqu'il raconte l'histoire des prophètes et contrairement à ce qu'affirment nombre de chercheurs, il est tout à fait cohérent (notamment au vue de la rhétorique sémitique). Je le savais pour Moïse dont j'ai longuement étudié son histoire dans le Coran et comparé avec certaines données archéologiques mais je ne le savais pas pour Loth dont Geneviève Gobillot ici même conclura que l'analyse scientifique de ces versets confirment la thème de l'inimitabilité du Coran.

https://mideo.revues.org/318